Rideau !
On l’ouvre et on le ferme, on le monte et on le baisse, on le lève et on le fait tomber, on le charge et on l’appuie : c’est le rideau de théâtre. Il existe depuis l’Antiquité. Les Grecs et les Romains le baissaient au début du spectacle, découvrant l’architecture du théâtre. Les Italiens l’appellent « sipario », mot qui dérive du verbe séparer, ou encore « cortina » qui se rapproche du « curtain » anglais, ou encore « tela » la toile …
Le rideau est une frontière entre la scène et la salle. Il cache pour mieux découvrir. Il procure ce moment magique d’intense émotion où le spectateur découvre le premier instant du spectacle. Les rideaux servent aussi à cacher les techniciens pendant les changements de tableau ou à dévoiler le décor au public. Il existe différents systèmes d’ouvertures de rideaux.
Le rideau rouge est le symbole du théâtre, évocation immédiate de la scène.
Draperies réelles ou figurées …
Le rideau est généralement en textile : lourd damas, lainage et soie ou velours, ample et riche. Il peut être brodé, orné de crépines d’or, de glands, de pompons de franges … C’était la grande mode au XIXe siècle. Se posent alors des problèmes de poids pour sa manoeuvre, et d’usure après quelques années.
Il peut aussi être en toile de lin peinte à la façon d’une tenture. C’est le cas du rideau peint par le décorateur Chaperon pour le Palais Garnier. Il peut aussi être peint, comme un tableau, de figures, de scènes, de décor d’architecture … C’était le cas du rideau peint par le décorateur Cicéri pour le rideau de l’Opéra de la rue Le Peletier. On y voyait Louis XIV remettant à Lully le privilège de l’Académie royale de Musique.
L’épaisseur du rideau protège de la transmission du bruit entre la scène et salle lors du changement de décor (commandes, cris, fracas des praticables sur le plancher, chutes d’éléments …).
C’est en 1828, pour la première représentation à l’Opéra de la rue Le Peletier de « Guillaume Tell », de Rossini, que le rideau a été baissé à chacun des entractes. L’effet de surprise est garanti.
Le rideau bénéficie des progrès techniques : le 22 novembre 1892, le rideau d’avant-scène de la Comédie-Française a fonctionné électriquement pour la première fois grâce à la station électrique Edison installée au Palais-Royal. Le rideau, d’un poids de 400 kilos, s’élevait ainsi d’1,50m par seconde.

Le rideau de manoeuvre
Permet de fermer la scène pour un changement rapide ou « précipité ». Il est en général en velours rouge, sa décoration et son style peuvent être adapté au spectacle. Le public s’impatiente quand le précipité dure trop longtemps, faisant mentir son nom.
L’oeil du rideau
Interstice ouvert dans le rideau, utilisé par les artistes, pour un regard panoramique sur la salle qui s’emplit du public. Un petit rabat dissimule cet oeil pour éviter de révéler sa présence aux spectateurs.


Le rideau de fer
Au XIX siècle, grâce à un projet de Boullet, le « machiniste » de l’Opéra, on invente le rideau de fer, destiné à isoler la salle du plateau en cas d’incendie. Cette invention est mise en place pour la 1ère fois au théâtre de l’Odéon. Par mesure de police, le rideau de fer doit être manoeuvré chaque soir à vue du public avant le spectacle, puis il est baissé pour la nuit.
Le rideau d’eau
Conduite d’eau placée derrière le rideau de fer permettant, en cas d’incendie, d’inonder le plateau.
Le rideau de fond
Toiles peintes qui limitent le décor au lointain ; rideau placé au fond du plateau pour cacher le mur du lointain.

Le rideau de scène (ou d’avant-scène)
Rideau, généralement en velours rouge, qui s’ouvre et se referme avant la représentation, aux entractes et à la fin du spectacle devant le public. Rideau équipé entre le rideau de fer et les draperies destiné à dévoiler le plateau pour le spectacle et à le cacher pendant les entractes.
Plusieurs équipements pour la manoeuvre du rideau de scène :
Différents « types de rideau »

Rideau à l’allemande
Rideau s’élevant verticalement dans les cintres et se refermant d’une seule manoeuvre. Le rideau est monté sur une porteuse d’une équipe mécanique contre-balancée permettant de manoeuvrer le rideau verticalement, d’ouvrir en « appuyant » et de fermer en « chargeant ». Il existe un autre système d’ouverture de rideau à l’allemande, combinant les manoeuvres à la grecque et à l’allemande ; le rideau s’ouvre en appuyant la porteuse qui est montée sur la patience et s’ouvre simultanément et se referme en même temps sur la patience en chargeant la porteuse. Les deux manoeuvres s’effectuent simultanément et le rideau disparaît dans les cintres.
- Patience : tringle métallique, ou sorte de rail de grande dimension, ouvert sur toute la longueur, dans laquelle coulissent des petits chariots avec des points d’attache pour accrocher des rideaux, permettant ainsi de faire coulisser (pour fermer et ouvrir) à l’horizontal des rideaux. Ce système permet d’effectuer les manoeuvres d’ouverture et fermeture du rideau à la grecque.
- Porteuse : Partie de l’équipe servant à l’accroche des décors ou des appareils d’éclairage ; tube métallique de 0,50 m fixé horizontalement avec des fils d’acier permettant la manoeuvre technique.
- Cintres : Partie supérieur de la cage de scène, située dans la toiture qui comprend le gril et les équipements de la machinerie. C’est le terme général de la machinerie des dessus qui permet le passage des poulies et sert à faire apparaître et disparaître les décors. C’est aussi un lieu de stockage des draperies, des fermes et des décors montés sur des porteuses. Les cintres comprennent une ou plusieurs galeries appelées « services » sur lesquelles les » cintriers » et les électriciens exécutent différentes manoeuvres. (voir schéma d’une cage de scène en bas de l »article).
- Gril : Partie supérieure d’une cage de scène (dans les cintres) qui supporte l’ensemble des équipes et les mécanismes s’y rapportant. Il se présente sous la forme d’un plancher à claire-voie en bois ou métal. (voir schéma d’une cage de scène en bas de l’article).


Rideau brechtien
Rideau sur un câble tendu sur toute la largeur du cadre de scène à un hauteur de 2m à 2,50m environ et s’ouvrant d’un seul côté (cour ou jardin).

Rideau à la française
Combiné de deux systèmes : il réunit le rideau qui s’ouvre à l’italienne en même temps qu’il s’élève à l’allemande. C’est-à-dire que pour effectuer la manoeuvre, l’équipe mécanique est combinée avec un système de tambour pour faire remonter en drapé le rideau qui peut disparaître dans les cintres.
- Tambour : sorte de gros treuil en bois permettant d’effectuer certaines manoeuvres dans les dessous et sur les dessus sur le gril dans certains théâtres historiques ; les tambours servaient autrefois à manoeuvrer les grosses charges de décor sur le gril et dans les dessous. Cette machinerie à l’ancienne est très peu utilisée aujourd’hui.


Rideau à l’italienne
En position fermée, les deux parties du rideau s’ouvrent par le milieu et se relèvent de chaque côté en formant un drapé arrondi aux angles supérieurs du cadre de scène, grâce à un système de poulies et de fils.
Rideau à la grecque
En position fermée, les deux parties du rideau sont équipées sur une patience, s’ouvrant latéralement du milieu vers les côtés cour et jardin.
Rideau à la vénitienne
Même système d’ouverture que la romaine; système d’ouverture composé de poulies, de fils et d’anneaux. En position fermée, il présente un ensemble de « godets », formant des bandes verticales, festonnés entre les fils de manoeuvres.

Rideau à la romaine
Système d’ouverture composé de poulies, de fils et d’anneaux. La tête du rideau reste en place et il remonte verticalement dans les cintres en « retroussé ». Le rideau doit être fabriqué en toile légère afin d’obtenir un beau drapé et faciliter la manoeuvre.

Rideau à la Polichinelle
Rideau monté sur une perche en bois et enroulé sur lui-même. Ce rideau est utilisé au cas où la hauteur est quasiment nulle. Le système du rideau à la Polichinelle peut servir à d’autres utilisations (ex : certains écrans de cinéma sont conçus avec ce système).

Rideau wagnérien
Système d’ouverture de rideau combiné à l’italienne; les manoeuvres s’effectuent simultanément.
Schéma d’une cage de scène

